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Il n'y a pas que des pop-ups sur les pc...

Posté par ~Sophie le 11 février 2008 qui était d'humeur Sérieuse

... ma tête en est remplie .
Comme si en quelques secondes, je revivais un instant figé dans le temps, qui, jamais ne sera gommé ou rejoué après la présentation finale.

Marchant dans la rue du Midi, les bottines mal fermées, les cheveux rouges sang dans le vent, les yeux cachés derrière des lunettes de soleil pour ne pas qu'ils soient brûlés par les rayons resplendissants de l'astre le plus important de nos vies humaines, une cigarette se consumant dans la main droite, la main gauche tenant fermement un gros sac rouge, je marchais en évitant les passants pressés.

Je marchais, seule, dans cette chaleur anormale de fin avril, à la recherche de mon salut : mon sac rouge contenait des dvd, des cd, des vinyles, des livres que je vendais. De boutique de seconde main en boutique délabrée, je proposais ce qui avait autrefois animé ma vie, même pour dix secondes, à des prix abordables.
"Bonjour, je vends mes films, des disques pour pouvoir me payer mon voyage rhéto. Non, mes parents ont les moyens, c'est juste qu'ils ne veulent pas m'aider financièrement. Ah, parce que je dois être une jeune adulte responsable, monsieur." Evidemment, je n'allais pas leur servir sur un plateau mes conneries diverses, et le fait que mes parents me punissaient, comme une môme de dix ans, sans comprendre. Je sais, c'est cliché, les parents ne comprennent jamais pourquoi leurs gosses font ça, font cela, mais pourtant, souvent, dans la réalité, c'est un peu différent. Mes parents ont toujours pratiqué une sorte de mémoire sélective, où leurs actes d'adolescents-jeunes adultes assez foireux n'ont plus de place, logique, maintenant, ils ont l'expérience, ils savent de quoi ils parlent, mais par gêne ou dieu-va-savoir, ils n'ont rien à se reprocher, c'est moi, la jeune, la fautive.
Cette année là, j'étais en dernière année, j'allais partir à Rome, j'allais vivre une semaine loin de chez moi, enfin, après deux mois d'enfermement abusif pour calmer mes tendances liées à l'école buissonnière. La liberté. L'Italie. Rome, Naples. J'allais me séparer de cette vie en Belgique qui me rendait malheureuse, qui me faisait vomir. Une semaine à ne plus penser que j'étais sur une sellette qui risquait de m'empêcher de finir mon année, problèmes administratifs obligent. J'étais là, sur cette rue connue de tous les Bruxellois, à errer, dans le simple but d'obtenir quelques euros pour, au moins, me payer un coca quand les autres s'éclateraient comme des porcs avec l'argent que papa et maman avaient donné. Je me souviens à quel point il faisait beau, à quel point le ciel était bleu. Je la voyais comme ça, cette semaine de voyage rhéto : une semaine de ciel clair, de tranquilité et d'évasion.

La cigarette était devenue un mégot, qui, au final, reposait en paix, sur un de ces gros bacs à fleurs de la rue du Midi tandis que mes jambes devenaient plus vives; je n'avais plus que quarante minutes avant de m'engouffrer dans le train en direction de Charleroi-Sud, pour rentrer à ma répétition de théâtre.
Il fallait s'activer : si je ratais ce train, je pouvais aller me faire foutre comme on dit vulgairement quand une situation est plutôt désespérée. J'avais le coeur lourd, l'esprit en déroute. Plus qu'une semaine à tenir dans ce système pourri, plus qu'une poignée d'heures à s'évader par la pensée avant de pouvoir le faire physiquement.
Je marchais assez vite vers la dernière boutique de seconde main. A l'entrée, je finissais ma nouvelle cigarette, tout en regardant de vieux vinyles qui étaient en vitrine. Putain, vie injuste sous ce temps magnifique.