Cher S.,
Je n'attends plus rien de toi, tu viens de me prouver que tu ne valais absolument rien. Tu as raison d'être solitaire, et j'espère que tu vas le rester jusqu'au paroxysme : tu ne mérites que la tourmente ad vitam parsemée de regrets au triste goût de remords. Ce qui nous liait va malheureusement rester comme une cicatrice sur mon corps : une marque à vie, qui ne présage rien de bon, comme dirait l'autre. Ce qui nous rattachait est déplorablement indissociable, comme une maladie génétique. Et ce qui arrache quelques larmes c'est le fait que justement, je ne vais jamais oublier que c'est quelqu'un d'aussi égoiste, insensible et dérisoire que toi a pu me faire ça. Même si les choses ont changées, que je partage ma vie avec l'homme le plus merveilleux, le plus compréhensif et le plus magnifique de la Terre, je n'arrive pas à oublier que cette connexion, tu ne l'a jamais prise au sérieux, que tu as cherché à l'enterrer dans le monde de l'Oubli Automatique, ne prêtant aucune attention à ma vision des choses. Tu sais bien que je ne parle pas d'une bête histoire de coeur à deux balles, mais de quelque chose de tellement plus compliqué et cruel. Pourquoi avoir arraché mes organes? Je n'éprouve qu'un mélange de rage et de mépris envers toi, et je te remercie pour cela : je me sens vivre malgré le fait que tout devrait sombrer dans ma bulle reservée à notre ancienne liaison-que j'ai envie de qualifier de fatale sans peser mes mots-et c'est bien. Le pire c'est que toi aussi, tu devrais être le premier à souffrir de cette fin digne d'une série dramatique, mais il me semble que ton armure est bien envahissante, qu'elle entrave ta conscience, ce qui te manque déjà tellement à la base. Pour la première fois, j'ai comme les yeux ouverts ; j'ai été si idiote, si idiote de croire que tu étais quelqu'un de bien. Je me tâte : raclure, saloperie ou simplement, connard? Non, ça ne se résume pas à cela. J'ai envie de m'écrier que si je te croise dans la rue, je vais pouvoir te nier sans ressentir la moindre tristesse. Mais c'est faux. Je ne suis pas encore prête pour cela. Je suis encore trop fragile pour me laisser aller à oublier ce que j'ai aimé, ce en quoi j'ai eu confiance, ce que j'ai regretté, et puis tout le reste aussi. Merci à ma légendaire sensibilité. Les maux me touchent, les mots davantage. Ta connerie n'a pas de limites quand elle est ponctuée de ton egoisme. J'ai envie d'arracher ce qui me reste et qui me fait penser à toi, ce qui se raccroche à toi. J'ai envie que tu ressentes ma douleur, la cicatrice que je porte depuis bientôt un an, la nausée qui m'habite quand je me souviens de tout ce qui nous est arrivé. Tu n'avais pas le droit de me voler cette vie, tu n'avais pas le droit de me faire goûter l'amour empoisonné. Tu n'avais pas le droit de me marquer à vie du sceau du regret.